Travaux dans un appartement loué : ce que vous pouvez (et ne pouvez pas) faire en Suisse
Publié le 12 juillet 2026
Vous venez d'emménager et l'envie de personnaliser votre chez-vous vous démange : repeindre le salon, poser des étagères, remplacer un luminaire fatigué, changer la cuisine ou installer une borne de recharge pour votre voiture électrique. En Suisse, un logement loué reste la propriété du bailleur : certains gestes sont libres, d'autres exigent son accord écrit, et quelques-uns sont tout simplement refusés. Ce guide clarifie la frontière — avec les risques concrets, les coûts de remise en état à la sortie et la marche à suivre pour obtenir le feu vert de votre régie sans mauvaise surprise.
La règle d'or : le consentement écrit du bailleur (art. 260a CO)
Le droit du bail suisse est limpide sur ce point. L'article 260a du Code des obligations (CO) dispose que « le locataire n'a le droit de rénover ou de modifier la chose qu'avec le consentement écrit du bailleur » (al. 1). Autrement dit : dès que vous touchez à la substance ou à l'aspect du logement — au-delà d'un simple usage — il faut un accord, et cet accord doit être écrit.
Deux conséquences, souvent mal comprises, découlent des alinéas suivants et jouent en votre faveur lorsque l'accord a été donné :
- Remise en état (al. 2). « Lorsque le bailleur a donné son consentement, il ne peut exiger la remise en état de la chose que s'il en a été convenu par écrit. » Concrètement : si votre régie a autorisé vos travaux sans exiger, par écrit, que vous remettiez les lieux dans leur état d'origine, elle ne pourra en principe pas vous imposer cette remise en état à la sortie.
- Indemnité de plus-value (al. 3). Si, à la fin du bail, le logement présente « une plus-value considérable résultant de la rénovation ou de la modification acceptées par le bailleur, le locataire peut exiger une indemnité pour cette plus-value ». Une belle cuisine posée avec accord peut donc, sous conditions, vous donner droit à une compensation.
Le point de vigilance est le miroir de cette protection : sans accord écrit, vous perdez ces deux garanties. Le bailleur peut alors exiger la remise en état à vos frais, même pour une amélioration qui a objectivement valorisé le bien, et aucune indemnité de plus-value n'est due (l'al. 3 suppose des travaux acceptés). Dans les cas graves — percements structurels, transformation lourde entreprise sans droit — vous vous exposez en plus à un reproche de manquement à votre devoir de diligence. La preuve d'un accord purement oral est notoirement difficile à rapporter : exigez toujours l'écrit.
Usage normal ou modification ? Où passe la ligne
Tout n'est heureusement pas soumis à autorisation. Le bail vous donne le droit d'habiter normalement le logement, ce qui inclut une foule de petits gestes du quotidien. Deux notions encadrent cette liberté :
- Les menus travaux (art. 259 CO). Le locataire assume à ses frais les petites réparations d'entretien courant qu'un occupant moyennement habile peut faire lui-même (changer un joint de robinet, une ampoule, une pomme de douche, un abattant de WC). C'est un devoir, pas une modification.
- L'usage conforme (art. 267 CO). À la fin du bail, vous devez restituer la chose « dans l'état qui résulte d'un usage conforme au contrat ». Vous ne payez pas l'usure normale (peinture défraîchie par le temps, moquette usée en fin de vie) : c'est ce que couvre le loyer. Vous ne répondez que des dégâts excessifs.
Accrocher des cadres et des étagères entre typiquement dans l'usage normal : selon l'ASLOCA, un locataire doit certes reboucher les trous qu'il a percés dans les murs avant de partir, mais il n'a pas à repeindre des murs simplement défraîchis par le temps. La frontière est donc moins « puis-je percer un trou ? » que « est-ce que je transforme durablement le logement ou son aspect ? ». Dès que la réponse est oui — couleur soutenue, sol, cuisine, cloison, raccordement fixe — on bascule dans l'article 260a et son accord écrit.
La matrice : ce que vous pouvez faire, et à quelles conditions
Voici, projet par projet, ce qui est libre, ce qui demande l'accord écrit de votre bailleur et ce qui est généralement refusé. Les fourchettes de coût de remise en état sont des ordres de grandeur romands indicatifs (hors cas particuliers) : le décompte réel dépend de l'état des lieux d'entrée, de la durée de vie résiduelle des éléments et du tableau paritaire des amortissements.
| Projet | Autorisation ? | Risque sans accord | Remise en état (indicatif) |
|---|---|---|---|
| Cadres, étagères, tringles (chevilles, clous fins) | Aucune (usage normal) | Faible | Reboucher les trous + retouche ; souvent quelques dizaines à quelques centaines de CHF |
| Luminaires / suspensions (en gardant l'original) | Aucune si réversible | Faible | Reposer le luminaire d'origine (à conserver précieusement) |
| Déco adhésive réversible, papier peint repositionnable | Aucune si réversible | Faible | Retrait sans trace ; retouche si arrachement |
| Repeindre dans une couleur soutenue | Accord écrit | Remise en peinture neutre à vos frais | Peinture standard : CHF 25 – 40/m² |
| Poser / vitrifier un parquet, changer un sol | Accord écrit | Dépose + réfection du revêtement d'origine | Variable, souvent plusieurs milliers de CHF |
| Changer la cuisine (éléments, plan de travail) | Accord écrit | Repose de la cuisine d'origine à conserver | Élevé ; négociez plutôt une plus-value (al. 3) |
| Lave-vaisselle avec raccordement fixe (eau/évacuation) | Accord écrit + artisan | Dégât des eaux, remise en état du meuble | Débranchement + rebouchage des attentes |
| Borne de recharge (wallbox) | Accord écrit + électricien agréé | Installation non conforme, litige à la sortie | Pose CHF 1'800 – 3'500 ; dépose en sus |
| Abattre ou poser une cloison | Accord écrit (souvent refusé) | Atteinte à la substance ; remise en état lourde | Élevée et incertaine |
| Parties communes, façade, murs porteurs, réseau gaz | Généralement refusé | Interdit / dangereux ; litige assuré | Non négociable |
Ce qui est libre : la déco réversible
Accrocher des tableaux, poser des étagères sur chevilles, installer des rideaux, poser du papier peint repositionnable, changer un luminaire en conservant l'ancien, meubler à votre goût : tout cela relève de l'usage normal, sans autorisation. La seule contrepartie est la remise en état des trous à la sortie (reboucher, poncer, retoucher). Gardez chaque élément d'origine que vous démontez (plafonnier, tablette, cache-prise) : vous devrez le remettre.
Ce qui exige un accord écrit
Tout ce qui transforme durablement le logement ou son aspect : une couleur de peinture marquée, un nouveau sol, une cuisine, un appareil raccordé à demeure (lave-vaisselle, lave-linge), une borne de recharge posée par un électricien agréé, une cloison. Pour ces projets, faites intervenir un professionnel qualifié — c'est d'ailleurs un argument fort auprès de la régie : un menuisier ou un cuisiniste qui signe le devis rassure sur la qualité et la réversibilité.
Ce qui est généralement refusé
Tout ce qui touche aux parties communes (façade, cage d'escalier, toiture, aspect extérieur des balcons et fenêtres), aux murs porteurs et à la structure, ainsi que les interventions sur les réseaux gaz et électricité réalisées hors d'un artisan agréé (l'électricité est strictement réglementée par l'OIBT). Percer une façade pour une climatisation ou poser des stores extérieurs modifie l'aspect de l'immeuble et relève, en PPE, du règlement de copropriété.
Le concept clé : les travaux réversibles
C'est votre meilleur allié pour obtenir un « oui ». Un travail réversible — que l'on peut défaire en restituant l'état d'origine — se négocie beaucoup plus facilement qu'une transformation définitive. Trois réflexes :
- Conservez tout ce que vous remplacez (luminaires, poignées, meubles de cuisine, tablettes). Stockez-le proprement : vous devrez souvent le reposer.
- Privilégiez les fixations discrètes et les finitions neutres, plus simples et moins chères à remettre en état.
- Documentez par photos datées l'état avant, pendant et après. En cas de désaccord à la sortie, ces preuves valent de l'or.
Comment demander l'accord de votre régie
Une demande claire et professionnelle double vos chances d'obtenir un accord — et le fixe par écrit, comme l'exige l'art. 260a. Le principe : formuler la demande par écrit (e-mail ou courrier), la documenter, et proposer un artisan qualifié. Votre demande gagne à contenir :
- La description précise des travaux envisagés (pièce, nature, matériaux, couleur).
- Le nom de l'artisan et son devis : un professionnel inscrit au Registre du commerce rassure la régie sur la qualité et l'assurance.
- Des photos de l'état actuel et, si possible, un visuel du résultat souhaité.
- Votre engagement sur la réversibilité (ou une proposition de plus-value), et la demande explicite que l'accordprécise par écrit s'il y aura, ou non, remise en état à la sortie. C'est ce point (al. 2) qui déterminera qui paie le jour de votre départ.
Ceci est une trame indicative, pas un modèle juridique. En cas d'enjeu important (cuisine, borne, gros œuvre), faites relire l'accord par l'ASLOCA (locataires) ou un conseil avant de signer.
À la sortie : remise en état et état des lieux
Le jour de la restitution, deux règles vous protègent. D'abord, l'usure normale n'est jamais à votre charge : une fois la durée de vie d'un élément écoulée (voir le tableau paritaire des amortissements), vous ne devez plus rien, même en cas d'usure marquée. Ensuite, le bailleur doit vérifier l'état du logement et vous signaler les défauts sans délai (art. 267a CO) : en pratique, l'ASLOCA rappelle que l'avis des défauts doit vous parvenir par écrit dans les deux à trois jours ouvrables suivant l'état des lieux. Passé ce délai, le bailleur perd en principe le droit de vous réclamer les défauts qu'un examen normal aurait révélés.
Pour vos travaux autorisés, tout se joue sur l'accord écrit obtenu à l'époque : s'il ne prévoyait pas de remise en état, vous laissez les lieux en l'état (al. 2). S'il la prévoyait, planifiez la dépose et la réfection avec le même sérieux — et le même artisan — que l'installation.
Questions fréquentes
Puis-je repeindre mon appartement sans demander l'accord ?
Repeindre dans une teinte neutre et courante est souvent toléré, mais une couleur soutenue (bleu nuit, rouge, noir) est une modification qui relève de l'art. 260a : demandez l'accord écrit. Sans lui, la régie peut exiger la remise en peinture neutre à votre charge à la sortie (comptez CHF 25 – 40/m² pour une peinture standard réalisée par un peintre). Dans le doute, un mail à la régie coûte cinq minutes.
Ai-je le droit d'installer une borne de recharge pour ma voiture électrique ?
Pas sans l'accord écrit du propriétaire : la borne est une modification durable, raccordée au tableau de l'immeuble, qui doit être posée par un électricien agréé. En immeuble ou en PPE, la question de la puissance disponible et d'une éventuelle gestion de charge collective se pose. Présentez un devis d'électricien qualifié (pose d'une wallbox : CHF 1'800 – 3'500) et négociez d'emblée le sort de la borne à votre départ.
Que se passe-t-il si j'ai fait des travaux sans autorisation ?
Vous perdez les deux protections de l'art. 260a : le bailleur peut exiger la remise en état à vos frais, et vous ne pouvez pas réclamer d'indemnité de plus-value (l'al. 3 suppose des travaux acceptés). Pour des travaux lourds entrepris sans droit, vous vous exposez en plus à un reproche de manquement à votre devoir de diligence. Mieux vaut régulariser en informant la régie que de découvrir le litige à l'état des lieux.
Dois-je reboucher les trous des cadres avant de partir ?
Oui. Reboucher les trous que vous avez percés et procéder aux retouches fait partie de la remise en état normale du locataire. En revanche, vous n'avez pas à repeindre des murs simplement défraîchis par le temps : cette usure-là est couverte par le loyer (art. 267 CO).
Qui garde la nouvelle cuisine que j'ai installée ?
Si les travaux ont été acceptés par écrit et qu'il subsiste à la fin du bail une plus-value considérable, vous pouvez exiger une indemnité (art. 260a al. 3). D'où l'importance de conserver l'ancienne cuisine et de fixer le principe de l'indemnisation dans l'accord initial, plutôt que d'improviser au moment du départ.
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Cet article donne des repères généraux et ne constitue pas un conseil juridique. Le droit du bail est fédéral (CO), mais ses usages d'application varient d'un canton à l'autre — en cas de doute ou de litige, faites vérifier votre situation par l'ASLOCA ou un conseil spécialisé.
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