Réparations locatives : qui paie quoi, locataire ou propriétaire ?
Publié le 12 juillet 2026
Le mitigeur fuit, le lave-vaisselle rend l'âme, la peinture est défraîchie, une vitre est fêlée : qui paie ? En Suisse, la réponse ne dépend pas de qui « possède » l'objet mais de règles précises du droit du bail. Ce guide clarifie la répartition entre locataire et propriétaire, le fameux plafond des « menus travaux », le rôle du tableau paritaire des amortissements à l'état des lieux de sortie, et les réflexes qui évitent un litige — utile autant aux locataires qu'aux propriétaires bailleurs et aux régies.
Le principe : entretien au bailleur, menus travaux au locataire
Le Code des obligations (CO) pose une règle simple. Le bailleur doit délivrer puis entretenir le logement dans un état approprié à l'usage convenu (art. 256 CO) : c'est lui qui prend en charge les réparations, le remplacement des installations en fin de vie et les gros défauts. Le locataire, lui, doit assumer à ses frais les menus travaux de nettoyage et de réparation nécessaires à l'entretien normal (art. 259 CO).
Toute la difficulté tient dans la frontière entre « menus travaux » (locataire) et « entretien » (bailleur).
Les menus travaux à la charge du locataire
Ce sont les petites réparations qu'un locataire moyennement habile peut effectuer lui-même, sans l'intervention d'un professionnel et à faible coût. Une règle indicative largement utilisée fixe le seuil autour de CHF 150 par réparation — mais attention : ce montant n'est pas inscrit dans la loi, il varie selon les cantons et les usages locatifs, et il ne peut pas servir à faire payer au locataire des frais qui dépassent le cadre légal. Exemples couramment admis à la charge du locataire :
- Remplacer une ampoule, un joint de robinet, un flexible ou une pomme de douche
- Changer un fusible, le verre à dent, le porte-savon cassé
- Détartrer la robinetterie, déboucher un siphon
- Déneiger un balcon ou une terrasse à usage privatif
- Petites réparations de quincaillerie (poignée, charnière)
Au-delà — dès qu'une intervention technique ou un artisan est nécessaire — la charge bascule sur le bailleur.
Ce qui reste à la charge du bailleur
- Les appareils ménagers remis avec le logement (lave-vaisselle, cuisinière, frigo) en cas de panne liée à l'usure
- Le chauffe-eau / boiler, la chaudière, les installations sanitaires importantes
- Les fenêtres, stores, volets défectueux
- La peinture et les sols défraîchis par l'écoulement du temps (et non par une faute du locataire)
- Toute réparation dépassant le coût et la simplicité d'un menu travail
Important : le locataire a le devoir d'aviser le bailleur sans délai d'un défaut (art. 257g CO). S'il laisse traîner et que le dégât s'aggrave, il peut devoir répondre de l'aggravation. À l'inverse, il ne doit pas faire réparer lui-même un gros défaut sans l'accord du bailleur (sauf urgence) — il garde les preuves (photos, e-mails) et laisse le bailleur mandater l'artisan.
L'état des lieux de sortie et l'usure normale
C'est le moment le plus litigieux. Principe-clé : le locataire ne paie pas l'usure normale du logement (c'est précisément ce que couvre le loyer). Il ne répond que des dégâts excessifs ou des dommages qu'il a causés — et même là, jamais à neuf.
Pour préparer ce moment et anticiper ce qui peut vous être facturé au départ, voir notre guide dédié : l'état des lieux de sortie.
Le tableau paritaire des amortissements
Pour chiffrer « jamais à neuf », les associations de bailleurs (Fédération romande immobilière) et de locataires (ASLOCA) ont établi un tableau paritaire des amortissements. Il indique la durée de vie moyenne de chaque installation. Le calcul de ce que doit le locataire repose sur la valeur résiduelle :
Part à la charge du locataire = (durée de vie restante ÷ durée de vie totale) × coût de remplacement.
Exemple : une moquette a une durée de vie d'environ 10 ans. Si le locataire l'abîme après 7 ans, il reste 3 ans : il paie environ 3/10 = 30 % du coût de remplacement, pas 100 %. Et une fois la durée de vie écoulée, il ne doit plus rien, même en cas d'usure marquée.
Durées de vie indicatives couramment retenues :
- Peinture / crépi de dispersion : ~8 ans
- Papier peint : ~10 ans ; moquette : ~8 – 10 ans
- Vitrification de parquet : ~10 ans ; parquet massif : jusqu'à ~40 ans
- Cuisinière, four, lave-vaisselle : ~15 ans ; réfrigérateur : ~10 ans
- Robinetterie : ~20 ans ; lavabo : ~35 ans ; baignoire / douche : ~20 – 35 ans
- Stores intérieurs : ~15 ans ; stores extérieurs : ~25 ans
Ces valeurs sont indicatives et n'ont pas force de loi : en cas de litige, c'est le tableau paritaire reconnu dans votre canton (et le juge) qui tranche. À Vaud, les Règles et usages locatifs (RULV) et les dispositions paritaires romandes complètent le CO.
Dégât des eaux : qui est responsable ?
La réponse dépend de l'origine de la fuite, pas de l'étage où l'eau apparaît. Une canalisation encastrée qui lâche relève du bailleur ; un débordement causé par la négligence d'un locataire l'engage, lui ou son assurance responsabilité civile. Les premiers réflexes : couper l'eau, au besoin l'électricité, documenter (photos), aviser immédiatement la régie et son assurance. Plusieurs assurances peuvent intervenir (RC, ménage, bâtiment / ECA).
Quand la régie ne réagit pas : de l'avis des défauts à la consignation
Vous avez signalé par écrit un défaut qui relève du bailleur (art. 257g CO) mais rien ne bouge ? L'article 259a CO vous ouvre alors plusieurs droits, selon la gravité : exiger la remise en état, obtenir une réduction de loyer proportionnelle à la gêne subie (art. 259d CO) tant que dure le défaut, réclamer des dommages-intérêts, ou consigner le loyer.
La consignation (art. 259g CO) est le levier le plus efficace face à un bailleur passif. La marche à suivre : fixer par écrit un délai raisonnable pour réparer, en annonçant qu'à défaut vous consignerez le loyer ; passé ce délai, verser les loyers à venir auprès de l'office cantonal désigné (souvent la banque cantonale) au lieu de la régie ; puis saisir l'autorité de conciliation dans les 30 jours suivant l'échéance du premier loyer consigné — faute de quoi les montants consignés sont acquis au bailleur (art. 259h CO). Point capital : les loyers consignés sont réputés payés, vous ne risquez donc aucune résiliation pour non-paiement tant que la procédure est respectée. Les délais et l'office compétent variant d'un canton à l'autre, faites relire votre courrier par l'ASLOCA avant de consigner.
Vos réflexes en cas de doute
- Signalez par écrit tout défaut à la régie (e-mail daté)
- Ne réparez pas vous-même un défaut important sans accord écrit
- Gardez les preuves : photos datées, échanges, devis
- En cas de blocage, l'ASLOCA (locataires) ou la chambre immobilière (propriétaires) de votre canton conseillent leurs membres
Cet article donne des repères généraux et ne constitue pas un conseil juridique. Le droit du bail est fédéral (CO) mais ses usages d'application varient d'un canton à l'autre — en cas de litige, faites vérifier votre situation par un organisme spécialisé.
Plombiers recommandés en Romandie
Artisans vérifiés au Registre du commerce, classés par score de confiance. Contact direct, sans intermédiaire.
Vous cherchez un plombier en Romandie ?
Comparez les profils, scores de confiance et vérifications RC. Contact direct, sans intermédiaire.
Articles liés
État des lieux de sortie : les réparations à prévoir (et comment ne pas perdre votre garantie)
Les baux romands finissent en masse le 30 septembre. Réparations à prévoir, usure normale vs dégâts imputables, tableau paritaire des amortissements (FRI/ASLOCA), garantie de loyer (art. 257e CO) et comment contester une facturation abusive — le guide du locataire sortant.
Pièges à éviterSerrurier urgence Genève : que faire et combien ça coûte en 2026
Porte claquée, serrure bloquée, clés perdues ? Guide des tarifs, des arnaques à éviter et des bons réflexes pour un dépannage en urgence à Genève.
Pièges à éviterArnaques artisans en Suisse — les signaux d’alarme et comment se protéger
Faillites frauduleuses, travail au noir, chantiers abandonnés : les arnaques d’artisans existent en Suisse romande. Voici les signaux d’alarme et les outils concrets pour vous protéger.