Réparations locatives : qui paie quoi, locataire ou propriétaire ?
Publié le 22 mai 2026
Le mitigeur fuit, le lave-vaisselle rend l'âme, la peinture est défraîchie, une vitre est fêlée : qui paie ? En Suisse, la réponse ne dépend pas de qui « possède » l'objet mais de règles précises du droit du bail. Ce guide clarifie la répartition entre locataire et propriétaire, le fameux plafond des « menus travaux », le rôle du tableau paritaire des amortissements à l'état des lieux de sortie, et les réflexes qui évitent un litige — utile autant aux locataires qu'aux propriétaires bailleurs et aux régies.
Le principe : entretien au bailleur, menus travaux au locataire
Le Code des obligations (CO) pose une règle simple. Le bailleur doit délivrer puis entretenir le logement dans un état approprié à l'usage convenu (art. 256 CO) : c'est lui qui prend en charge les réparations, le remplacement des installations en fin de vie et les gros défauts. Le locataire, lui, doit assumer à ses frais les menus travaux de nettoyage et de réparation nécessaires à l'entretien normal (art. 259 CO).
Toute la difficulté tient dans la frontière entre « menus travaux » (locataire) et « entretien » (bailleur).
Les menus travaux à la charge du locataire
Ce sont les petites réparations qu'un locataire moyennement habile peut effectuer lui-même, sans l'intervention d'un professionnel et à faible coût. Une règle indicative largement utilisée fixe le seuil autour de CHF 150 par réparation — mais attention : ce montant n'est pas inscrit dans la loi, il varie selon les cantons et les usages locatifs, et il ne peut pas servir à faire payer au locataire des frais qui dépassent le cadre légal. Exemples couramment admis à la charge du locataire :
- Remplacer une ampoule, un joint de robinet, un flexible ou une pomme de douche
- Changer un fusible, le verre à dent, le porte-savon cassé
- Détartrer la robinetterie, déboucher un siphon
- Déneiger un balcon ou une terrasse à usage privatif
- Petites réparations de quincaillerie (poignée, charnière)
Au-delà — dès qu'une intervention technique ou un artisan est nécessaire — la charge bascule sur le bailleur.
Ce qui reste à la charge du bailleur
- Les appareils ménagers remis avec le logement (lave-vaisselle, cuisinière, frigo) en cas de panne liée à l'usure
- Le chauffe-eau / boiler, la chaudière, les installations sanitaires importantes
- Les fenêtres, stores, volets défectueux
- La peinture et les sols défraîchis par l'écoulement du temps (et non par une faute du locataire)
- Toute réparation dépassant le coût et la simplicité d'un menu travail
Important : le locataire a le devoir d'aviser le bailleur sans délai d'un défaut (art. 257g CO). S'il laisse traîner et que le dégât s'aggrave, il peut devoir répondre de l'aggravation. À l'inverse, il ne doit pas faire réparer lui-même un gros défaut sans l'accord du bailleur (sauf urgence) — il garde les preuves (photos, e-mails) et laisse le bailleur mandater l'artisan.
L'état des lieux de sortie et l'usure normale
C'est le moment le plus litigieux. Principe-clé : le locataire ne paie pas l'usure normale du logement (c'est précisément ce que couvre le loyer). Il ne répond que des dégâts excessifs ou des dommages qu'il a causés — et même là, jamais à neuf.
Le tableau paritaire des amortissements
Pour chiffrer « jamais à neuf », les associations de bailleurs (Fédération romande immobilière) et de locataires (ASLOCA) ont établi un tableau paritaire des amortissements. Il indique la durée de vie moyenne de chaque installation. Le calcul de ce que doit le locataire repose sur la valeur résiduelle :
Part à la charge du locataire = (durée de vie restante ÷ durée de vie totale) × coût de remplacement.
Exemple : une moquette a une durée de vie d'environ 10 ans. Si le locataire l'abîme après 7 ans, il reste 3 ans : il paie environ 3/10 = 30 % du coût de remplacement, pas 100 %. Et une fois la durée de vie écoulée, il ne doit plus rien, même en cas d'usure marquée.
Durées de vie indicatives couramment retenues :
- Peinture / crépi de dispersion : ~8 ans
- Papier peint : ~10 ans ; moquette : ~8 – 10 ans
- Vitrification de parquet : ~10 ans ; parquet massif : jusqu'à ~40 ans
- Cuisinière, four, lave-vaisselle : ~15 ans ; réfrigérateur : ~10 ans
- Robinetterie : ~20 ans ; lavabo : ~35 ans ; baignoire / douche : ~20 – 35 ans
- Stores intérieurs : ~15 ans ; stores extérieurs : ~25 ans
Ces valeurs sont indicatives et n'ont pas force de loi : en cas de litige, c'est le tableau paritaire reconnu dans votre canton (et le juge) qui tranche. À Vaud, les Règles et usages locatifs (RULV) et les dispositions paritaires romandes complètent le CO.
Dégât des eaux : qui est responsable ?
La réponse dépend de l'origine de la fuite, pas de l'étage où l'eau apparaît. Une canalisation encastrée qui lâche relève du bailleur ; un débordement causé par la négligence d'un locataire l'engage, lui ou son assurance responsabilité civile. Les premiers réflexes : couper l'eau, au besoin l'électricité, documenter (photos), aviser immédiatement la régie et son assurance. Plusieurs assurances peuvent intervenir (RC, ménage, bâtiment / ECA).
Vos réflexes en cas de doute
- Signalez par écrit tout défaut à la régie (e-mail daté)
- Ne réparez pas vous-même un défaut important sans accord écrit
- Gardez les preuves : photos datées, échanges, devis
- En cas de blocage, l'ASLOCA (locataires) ou la chambre immobilière (propriétaires) de votre canton conseillent leurs membres
Cet article donne des repères généraux et ne constitue pas un conseil juridique. Le droit du bail est fédéral (CO) mais ses usages d'application varient d'un canton à l'autre — en cas de litige, faites vérifier votre situation par un organisme spécialisé.
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